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Le Livre, tome II, p. 076-092

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 076.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 076 [092]. Source : Internet Archive.

volumes in-8[076.1] », ouvrage qui devait paraître avec cette épigraphe tout à fait de circonstance : Alius alio plus invenire potest, nemo omnia[076.2].

« Lire, écrire, observer, penser, comparer, réfléchir, voilà ma vie, nous dit M. Albert Collignon (1839-….)[076.3]. Je suis avant tout un lecteur, un curieux, un témoin attentif de mon temps. Philosophe, j’aime à comprendre la raison des choses ; j’aime à dire ma manière de voir et à formuler mes jugements. En lisant, j’ai mes préférences ; mais, depuis Homère jusqu’à M. Verlaine, depuis Cicéron et César jusqu’à Frédéric II et à Napoléon, depuis Aristote jusqu’à M. Zola, j’ai voulu tout connaître ; j’ai tout lu la plume à la main, en notant mes remarques, mes réflexions et mes extraits. Mes cahiers, si nombreux, sont le résumé de ma vie ; ils forment aujourd’hui toute une encyclopédie littéraire, morale, politique, le Dictionnaire critique d’un homme de lettres. »

C’est qu’en effet la vie d’un véritable homme de

[II.092.076]
  1.  Quérard, la France littéraire, art. Peignot, t. VII, p. 10. Un autre fervent érudit, le célèbre bibliophile et collectionneur François Marucelli (1625-1713), laissa, à sa mort, un index général, en 112 volumes in-folio, de toutes les matières traitées dans les ouvrages qu’il avait lus. « Ce vaste répertoire, conservé en manuscrit à Florence, pourrait être d’une grande utilité aux savants, dont il faciliterait les recherches. » (Michaud, Biographie universelle.)  ↩
  2.  J. Simonnet, Essai sur la vie et les ouvrages de Gabriel Peignot, pp. 177 et s.  ↩
  3.  La Vie littéraire, p. 6.  ↩

Le Livre, tome I, p. 181-205

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 181.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 181 [205]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 182.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 182 [206]. Source : Internet Archive.

florilège, à citer ces quatrains, où le bon, jovial et spirituel septuagénaire, s’est peint avec ses pieuses croyances, sa simplicité de cœur, sa pureté de mœurs, son culte pour l’amitié, les livres et l’étude :

Le sort que me départ ta volonté suprême,
Être puissant et bon, comble tous mes souhaits,
Et, maître de choisir, j’aurais choisi le même :
Je te rends, ô mon Dieu, grâce pour tes bienfaits.

Des livres à mon goût, dans mon coin si modeste,
Remplissent mes rayons ; un humble coffre-fort
Suffit à mes besoins : les pauvres ont le reste ;
Mais ma bibliothèque est mon plus cher trésor.

Sain de corps et d’esprit, j’ai des amis sincères ;
L’étude me distrait sans jamais me lasser ;
Comptant du jour natal beaucoup d’anniversaires,
Je vois, sans nul regret, mon terme s’avancer.

Convive passager au banquet de la vie,
Je sais qu’il faut bientôt au monde dire adieu ;
A renaître en ton sein ta bonté me convie,
Et mon cœur en nourrit l’espérance, ô mon Dieu[181.1] !

[I.205.181]
  1.  Peignot, ap. J. Simonnet, op. cit., p. 77. On pourrait rapprocher de ces vers le sonnet bien connu, où un autre maître ès livres, l’imprimeur Plantin (1514-1589), d’Anvers, a célébré « le Bonheur de ce monde » (Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 juillet 1903, col. 9-10 ; et Max Rooses, Catalogue du musée Planlin-Moretus, 5e édit., 1902, p. 51) :
    •  Avoir une maison commode, propre et belle,
      Un jardin tapissé d’espaliers odorants,
      Des fruits, d’excellent vin, peu de train, peu d’enfants ;
      Posséder seul, sans bruit, une femme fidèle ;
    •  N’avoir dettes, amour, ni procès, ni querelle,
      Ni de partage à faire avecque ses parents,
      Se contenter de peu, n’espérer rien des grands,
      Régler tous ses dessins sur un juste modèle ;
    •  Vivre avecque franchise et sans ambition,
      S’adonner sans scrupule à la dévotion,
      Dompter ses passions, les rendre obéissantes ;
    •  Conserver l’esprit libre et le jugement fort,
      Dire son chapelet en cultivant ses entes :
      C’est attendre chez soi bien doucement la mort.  ↩

Le Livre, tome I, p. 180-204

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 180.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 180 [204]. Source : Internet Archive.

ans, des fonctions universitaires, en dernier lieu celles d’inspecteur d’Académie à Dijon, aux appointements annuels de 3000 francs ; après toute une vie de labeur opiniâtre et de services rendus à ses concitoyens, à l’enseignement et à la science, Peignot mourut pauvre, sans titres ni rubans, ce qui, selon la remarque de son bio­graphe[180.1], « est le meilleur éloge qu’on puisse faire » de ce modeste et savant, de cet excellent et heureux homme, de ce vrai sage.

J’ai déjà eu recours plus d’une fois, pour le présent travail, aux livres de Gabriel Peignot, et j’y puiserai encore. Je me bornerai ici, dans cette sorte de

[I.204.180]
  1.  J. Simonnet, op. cit., p. 63. Comme Gabriel Peignot, Ludovic Lalanne (1815-1898), un autre grand ami des livres, un autre érudit également aussi laborieux que modeste, l’auteur de l’excellent petit volume, Curiosités bibliographiques, que j’ai mis amplement déjà et mettrai encore à contribution, l’auteur des Curiosités littéraires, des Curiosités biographiques, Curiosités philologiques, Curiosités militaires, etc., du Dictionnaire historique de la France, etc., ne fut rien et ne voulut rien être — que bibliothécaire. Faisant allusion à sa haute taille et en même temps à ses invincibles scrupules et à sa dignité de caractère, il disait que, pour arriver, il fallait se résoudre « à passer sous des portes trop basses, et que cela le gênait de se courber ». (Renseignement personnel.) — Ajoutons que, vingt ans après la mort de Gabriel Peignot, c’est-à-dire en 1869, le Bibliophile Jacob, Gustave Brunet et Pierre Deschamps provoquèrent une souscription pour venir en aide à sa veuve et à ses enfants, qui se trouvaient dans la plus grande détresse. Précédemment deux souscriptions avaient été ouvertes de même en faveur d’un autre docte et infatigable bibliographe, « de Quérard, l’une pour le faire vivre, l’autre pour le faire enterrer ». (Firmin Maillard, les Passionnés du livre, p. 138.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 177-201

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 177.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 177 [201]. Source : Internet Archive.

Peignot a beaucoup écrit. « Esprit facile, disposé à tout admirer et à tout aimer, a dit de lui un de ses bio­graphes[177.1], il se laissa successivement tenter, tout

[I.201.177]
  1.  J. Simonnet, Essai sur la vie et les ouvrages de Gabriel Peignot, p. 65. (Paris, Auguste Aubry, 1863.) Voir. pp. 187 et s. de ce volume de J. Simonnet, la liste chronologique des ouvrages de Gabriel Peignot.  ↩

Le Livre, tome I, p. III-019

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. III.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. III [019]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. IV.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. IV [020]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. V.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. V [021]. Source : Internet Archive.

mettre, c’est certain et c’était fatal : alius alio plus invenire potest, nemo omnia, inscrivait un de mes prédécesseurs et de mes maîtres, Gabriel Peignot, en tête du manuscrit de son Myriobiblon français[III.1].

Avec une telle provision de beaux dicts, sages préceptes, sentences et anecdotes mémorables, ma tâche était des plus simples, et je n’ai été le plus souvent qu’un « encadreur », selon le mot de Sainte-Beuve[III.2].

[I.019.III]
  1.  Cf. J. Simonnet, Essai sur la vie et les ouvrages de Gabriel Peignot, p. 177. (Paris, Aug. Aubry, 1863.)  ↩
  2.  « Je ne crois pas avoir à m’excuser auprès de mes lecteurs pour leur avoir donné ici tant de pages qui ne sont pas de moi, et qui sont de meilleurs que moi…. J’imagine qu’on aura pris, à les lire, quelque chose du plaisir que j’ai eu moi-même à les rassembler. En pareil cas, et quand j’ai les mains si bien remplies, ma tâche est simple, et mon métier est tout tracé : je ne suis qu’un encadreur. » (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. IV, p. 210.) « … Les citations découpées par la critique dessinent l’homme mieux que si l’on renvoyait au livre. La bonne critique n’est souvent qu’une bordure. » (Id., Portraits littéraires, t. II, p. 166, n. 1.) Chateaubriand faisait aussi grand cas de l’art des citations, qu’il a apprécié en ces termes (ap. Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire, t. II, p. 384) : « Il ne faut pas croire que l’art des citations soit à la portée de tous les petits esprits qui, ne trouvant rien chez eux, vont puiser chez les autres. C’est l’inspiration qui donne les citations heureuses. La mémoire est une Muse, ou plutôt c’est la mère des Muses, que Ronsard fait parler ainsi :
    •  Grèce est noire pays, Mémoire est notre mère.

     Les plus grands écrivains du siècle de Louis XIV se sont nourris de citations…. Cicéron, qui n’avait qu’un seul idiome au service de son érudition, prodigue les citations également…. Pour ma part, je n’y ai fait faute. Le Génie du Christianisme est un tissu de citations avouées au grand jour. Dans les Martyrs, c’est un fleuve de citations déguisées et fondues. Dans l’Itinéraire, elles devaient régner par la nature même du sujet. Je les admets volontiers partout…. Socrate a dit quelque part, chez Platon, qu’il était lui-même comme une coupe s’emplissant des eaux des sources étrangères au profit de son auditoire…. » Montaigne, qui a tant cité qu’on peut considérer ses Essais comme de véritables stromates, un vaste florilège, un copieux répertoire ou réservoir de l’antiquité, fait cette déclaration (I. xxv ; t. I, p. 198 : Paris, Charpentier, 1862) : « Je ne dis les aultres, sinon pour d’autant plus me dire » : en d’autres termes : « Je ne cite les autres que pour mieux exprimer ma pensée ». Remarquons encore que citer, pour certains esprits, c’est faire acte, non de paresse, mais de modestie. « J’ai toujours le nez dans les livres, c’est vrai, écrit, dans une de ses meilleures pages, Charles Monselet (Curiosités littéraires et bibliographiques, p. 3). On ne se refait point. Prêt à prendre la plume pour mon compte, je m’arrête en disant : « Ne vaudrait-il pas mieux citer ? » Ne voyez pas de la paresse là-dedans : cherchez-y plutôt de la modestie. Il y a tant de choses qu’on a si bien dites avant moi, tant de définitions si heureusement et si spirituellement formulées ! « C’est de la « besogne toute faite », dira-ton. Mais comptez-vous pour rien le mérite de l’avoir trouvée, les heures passées devant les étalages des bouquinistes, dans les bibliothèques, à la salle des ventes de la rue des Bons-Enfants ? Vous me faites trop d’honneur en réclamant ma prose ou mes vers. Ingrats lecteurs, vous mériteriez souvent d’être pris au mot ! » Rappelons encore, à propos des citations, cette humoristique réponse d’un ami et disciple de Sainte-Beuve précisément, à qui l’on reprochait un jour d’avoir reproduit, dans un article, diverses sentences et réflexions tirées de l’antiquité grecque qui l’avait frappé par leur justesse et leur originalité : « C’est fort bien, tout ce que vous nous dites là, lui objectait-on : c’est très joli, mais ce n’est pas vous qui l’avez inventé. — Dame ! répliqua-t-il, c’est comme les chiens de chasse, qui n’ont pas non plus inventé les perdreaux, mais qui savent, du moins, les dénicher. »  ↩