Mot-clé : « Roland (Mme) »

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Le Livre, tome II, p. 070-086

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 070.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 070 [086]. Source : Internet Archive.

lire ; il faut extraire et tourner, pour ainsi dire, en sa propre substance, les choses que l’on veut conserver, en se pénétrant de leur essence. » C’est Mme Roland, alors Manon Phlipon, qui donne ce conseil[070.1], et elle avait soin tout d’abord de prêcher d’exemple : elle prenait beaucoup de notes et faisait de longs extraits de ses nombreuses lectures.

Une importante et très juste remarque a été formulée par le chancelier Daguesseau (1668-1751), relativement au profit à tirer de ces annotations et extraits : « La grande utilité, et le fruit solide de ces sortes de travaux, n’est que pour celui qui les fait soi-même, qui se nourrit par là à loisir de toutes les vérités qu’il recueille, et qui les convertit dans sa propre substance[070.2]. »

Ces notes de lectures, les uns les inscrivent sur des cahiers ou des registres ; d’autres, sur des feuilles

[II.086.070]
  1.  Ap. Sainte-Beuve, Portraits de femmes, p. 197.  ↩
  2.  Daguesseau, Instructions sur les études propres à former un magistrat, I, Œuvres choisies, p. 218. (Paris, Didot. 1871 ; in-18.) A propos de cette « pâture spirituelle que nous recevons par la lecture », Joseph de Maistre (les Soirées de Saint-Pétersbourg, t. II, p. 69 ; Lyon, Pélagaud, 1870) constate que, dans cette opération, « chaque esprit s’approprie ce qui convient plus particulièrement à ce qu’on pourrait appeler son tempérament intellectuel, et laisse échapper le reste. De là vient que nous ne lisons pas du tout les mêmes choses dans les mêmes livres ; ce qui arrive surtout à l’autre sexe comparé au nôtre, car les femmes ne lisent point comme nous. Cf. aussi supra, t. I, pp. 136-138, des citations de Gabriel Naudé, de Sénèque, de Plutarque, etc., relatives à cette même « pâture spirituelle ».  ↩

Le Livre, tome II, p. 032-048

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 032.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 032 [048]. Source : Internet Archive.

conscience de moi-même. Ma mère avait laissé des romans ; nous nous mîmes à les lire après souper, mon père et moi. Il n’était question d’abord que de m’exercer à la lecture par des livres amusants ; mais bientôt l’intérêt devint si vif, que nous lisions tour à tour sans relâche, et passions les nuits à cette occupation. Nous ne pouvions jamais quitter qu’à la fin du volume. Quelquefois mon père, entendant le matin les hirondelles, disait, tout honteux : « Allons nous coucher; je suis plus enfant que toi »…. Plutarque surtout devint ma lecture favorite. Le plaisir que je prenais à le relire sans cesse me guérit un peu des romans ; » etc.

Dès son bas âge, Mme Roland (1754-1793) témoigna le goût le plus vif pour la lecture. Ainsi que son maître Rousseau, elle ne sait non plus comment elle apprit à lire :

« Vive sans être bruyante, et naturellement recueillie, je ne demandais qu’à m’occuper, écrit-elle dans ses Mémoires[032.1], et saisissais avec promptitude les idées qui m’étaient présentées. Cette disposition fut mise tellement à profit que je ne me suis jamais souvenue d’avoir appris à lire ; j’ai ouï dire que c’était chose faite à quatre ans, et que la peine de m’enseigner s’était, pour ainsi dire, terminée à cette époque, parce que, dès lors, il n’avait plus été besoin

[II.048.032]
  1.  Tome III, pp. 11-12, et 23-29. (Paris, Bibliothèque nationale, 1869.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 268-292

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 268.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 268 [292]. Source : Internet Archive.

Plutarque de Dacier. Je goûtai ce dernier ouvrage plus qu’aucune chose que j’eusse encore vue, même d’histoires tendres qui me touchaient pourtant beaucoup…. Plutarque semblait être la véritable pâture qui me convînt. Je n’oublierai jamais le carême de 1763 (j’avais alors neuf ans), où je l’emportais à l’église en guise de Semaine sainte. C’est de ce moment que datent les impressions et les idées qui me rendaient républicaine, sans que je songeasse à le devenir[268.1]. »

L’impératrice de Russie Catherine II (1729-1796) aimait le Plutarque d’Amyot, le Tacite d’Amelot de la Houssaye, et Montaigne. « Je suis une Gauloise du Nord, disait-elle au prince de Ligne[268.2] ; je n’entends que le vieux français ; je n’entends pas le nouveau. J’ai voulu tirer parti de vos messieurs les gens d’esprit en istes (les encyclopédistes et les économistes), je les ai essayés, j’en ai fait venir, je leur ai quelquefois écrit, ils m’ont ennuyée et ne m’ont pas entendue. Il n’y avait que mon bon protecteur Voltaire. Savez-vous que c’est lui qui m’a mise à la mode ? Il m’a bien payée du goût que j’ai pris toute ma vie à le lire, et il m’a appris bien des choses en m’amusant. » Parmi les romans, Catherine choisissait ceux de Le Sage. Elle aimait Molière et Cor-

[I.292.268]
  1.  Mme Roland, Mémoires, t. III, p. 27. (Paris, Bibliothèque nationale, 1869.)  ↩
  2.  Ap. Peignot, op. cit., t. I, pp. 379-380.  ↩

Le Livre, tome I, p. 267-291

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 267.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 267 [291]. Source : Internet Archive.

Benjamin Franklin (1706-1790), dans sa jeunesse, faisait de Xéno­phon[267.1] sa lecture favorite.

Louis XVI (1754-1793) venait de monter sur le trône (en 1774) lorsqu’il lui tomba sous la main un livre, « alors extrêmement rare[267.2] », intitulé Directions pour la conscience d’un roi, par Fénelon. Il dévore cet ouvrage, qui renferme un abrégé des devoirs des rois, et le trouve si à son goût qu’il décide non seulement de le prendre désormais pour guide de ses actions, mais encore de le faire réimprimer et de le répandre le plus possible. En effet, la réimpression eut lieu, et l’éditeur mit sur le titre cette formule : Du consentement exprès du Roi.

La lecture favorite de la reine Marie-Antoinette (1755-1793), alors qu’elle était enfermée à la Conciergerie, était celle des Voyages du capitaine Cook, que le concierge lui avait pro­curés[267.3].

Mme Roland (1754-1793), au début de ses Mémoires particuliers, nous parle en détail de sa passion pour la lecture, pour Plutarque surtout, « le

[I.291.267]
  1.  Et des Vies de Plutarque aussi : cf. supra, p. 173.  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, p. 370. Cet ouvrage a paru originairement sous le titre de : Éducation royale ou examen de conscience pour un prince. (Cf. Brunet, Manuel du libraire.) Il porte aujourd’hui le titre de : Examen de conscience sur les devoirs de la royauté, et se trouve dans le tome IV, pp. 340-366, des Œuvres choisies de Fénelon (Paris, Hachette, 1862 ; in-18) et tome III, pp. 335-351 des Œuvres de Fénelon (Paris, Didot, 1878 ; in-8).  ↩
  3.  Peignot, op. cit., t. I, pp. 377-378.  ↩