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Le Livre, tome II, p. 005-021

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 005.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 005 [021]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 006.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 006 [022]. Source : Internet Archive.

Ailleurs[005.1], M. Albert Collignon cite cette instante recommandation de Prévost-Paradol (1829-1870) : « Restons fidèle au culte des Lettres ; vivons le plus possible dans la fréquentation des écrivains immor-

[II.021.005]
  1.  Dans la Religion des Lettres, p. 103. Voir encore la profession de foi de M. Camille Saint-Saëns (1835-….), dans son petit volume Problèmes et Mystères (Paris, Flammarion, 1894), dont voici un extrait des conclusions : (En fait d’idéal et d’ « au-delà ») « Est-ce que vous n’avez pas la science ? Est-ce que vous n’avez pas l’art ? En fait de mystère, qu’y a-t-il de plus profond que la Nature ? En fait d’idéal, qu’y a-t-il de plus élevé que l’Art ?… Mais enfin, si loin que soit ce jour, il viendra, celui de la fin de notre espèce ! Le soleil s’éteindra ; peut-être avant ce temps la terre aura-t-elle résorbé ses mers, son atmosphère, et sera-t-elle devenue impropre à la vie ; après avoir progressé dans des proportions que nous ne pouvons imaginer, l’humanité régressera, dégénérera, disparaîtra. « Et il ne resterait rien de nous, qui avons pensé, de nous, qui avons aimé, qui avons souffert ! Ce n’est pas possible. Nous sentons en nous quelque chose qui ne peut périr ! » Soyez tranquilles, personne ne vous prouvera le contraire. Mais ce que nous sentons en nous pourrait très bien n’être que l’instant de la conservation, transfiguré par notre imagination, qui en a fait bien d’autres, transformant, par exemple, les brouillards et les feux follets en fées, fantômes et revenants, auxquels on a cru pendant des siècles…. Mais alors où est le But ? Le but ? Il n’y en a pas. Rien, dans la nature, ne tend à un but, ou plutôt chaque but est à son tour un point de départ…. On s’est toujours cassé le nez en cherchant les causes finales ; cela tient peut-être tout simplement à ceci, qu’il n’y a pas de causes finales. En tout cas, s’il y en a, il en va exactement pour nous comme s’il n’y en avait point. Si nous sommes emprisonnés dans le temps comme dans l’espace, tâchons de nous accommoder de notre prison ; quoi qu’on en dise, elle est assez vaste pour nous. Pénétrons-nous de cette vérité, que l’humanité est un corps dont nous sommes une molécule, et que le vœu de la nature est que nous vivions pour les autres, qui sont nous-mêmes. Profitons de l’héritage de nos aînés ; travaillons pour que ceux qui nous suivront soient plus heureux que nous, s’il est possible, et nous soient reconnaissants de l’existence que nous leur aurons préparée. Nous verrons alors que la vie est bonne, et, le moment venu, nous nous endormirons avec le calme et la satisfaction de l’ouvrier qui a fini sa tâche et bien employé sa journée. Les joies que la nature nous donne, qu’elle ne refuse même pas complètement aux plus déshérités d’entre nous, celles que procure la découverte des vérités nouvelles, les jouissances esthétiques de l’art, le spectacle des douleurs soulagées et les efforts pour les supprimer dans la mesure du possible, tout cela peut suffire au bonheur de la vie. Il est à craindre que tout le reste ne soit que folie et chimère. Des hommes sérieux et éclairés, de grands savants, croient pourtant à ces « chimères » et à ces « folies ». Cela ne prouve rien ; la logique ne gouverne pas toujours les hommes, fussent-ils éminents, et les contradictions les plus surprenantes vivent à l’aise dans le milieu élastique de la conscience. Kepler, le grand Kepler, un des fondateurs de la science moderne, l’auteur des lois immortelles qui portent son nom, croyait à l’astrologie ; il écrivait sérieusement que la conjonction de Jupiter et de Saturne, dans le signe du Lion, pouvait provoquer des insurrections. Une des forces les plus mystérieuses de la nature, l’atavisme, est la source de ces illogismes et la cause que certaines idées préconçues résistent à tous les assauts de la raison. Humiliée par la foi, déifiée par la libre pensée, la raison reste ce qu’elle est : le gouvernail du navire, rien de plus. Cela suffit pour qu’il soit impossible de s’en passer. » (Camille Saint-Saëns, op. cit., pp. 74 et 81-89.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 253-277

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 253.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 253 [277]. Source : Internet Archive.

pour les Vies des hommes illustres de Plutarque, et il faisait de quelque tome de cet ouvrage son compagnon de promenade habituel.

Jonathan Swift (1667-1745), l’auteur des Voyages de Gulliver, avait pris « l’amère habitude de relire, chaque fois que l’année ramenait le jour de sa naissance, le chapitre de l’Écriture où Job déplore la sienne, et maudit cette nuit fatale où l’on annonça dans la maison de son père qu’un enfant mâle était né ». Ce qui n’empêchait pas cet impitoyable pessimiste de déclarer que « la meilleure méthode, en cette vie, est de prendre son café quand on le peut, et de s’en passer gaiement quand on ne le peut pas[253.1] ».

Saint-Hyacinthe, l’auteur du Chef-d’œuvre d’un inconnu (1684-1746), disait que, pour former une excellente bibliothèque, il ne faut que joindre les ouvrages de Plutarque à ceux de Platon et de Lucien, les livres de ces trois hommes devant être regardés comme la source de la sagesse, du savoir, et des grâces en tous genres. Pour l’étude des mœurs modernes, il ajoutait à ces trois noms celui de La Bruyère.

Le chancelier Daguesseau (1668-1751) ne passait jamais un jour sans ouvrir l’Écriture sainte[253.2]. Il esti-

[I.277.253]
  1.  Prévost-Paradol, Jonathan Swift, sa vie et ses œuvres, en tête des Voyages de Gulliver, t. I, pp. 8 et 39. (Paris, Bibliothèque nationale, 1868.)  ↩
  2.  Peignot, op. cit., t. I, p. 215.  ↩

Le Livre, tome I, p. 221-245

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 221.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 221 [245]. Source : Internet Archive.

Parlant de ses livres et du bonheur qu’il goûte au milieu d’eux, M. Jules Claretie (1840-….)[221.1] fait cette très belle profession de foi : « J’aime les Lettres, je les aime uniquement, profondément, passionnément, et je les aime par-dessus tout. Je les aime sous toutes leurs formes, avec toutes leurs luttes, toutes leurs rancœurs, tous leurs déboires. Elles consolent même des tristesses qu’elles font naître, comme cette lance d’Achille qui guérissait les blessures qu’elle pouvait faire. « La littérature mène à tout, disait Villemain, à la condition qu’on en sorte. » Quel paradoxe ! La littérature peut ne mener à rien, mais elle rendra heureux jusqu’à la fin celui qui l’adore, à la condition qu’il n’en sorte jamais. »

Les Lettres, Prévost-Paradol (1829-1870) les a, lui aussi, chantées et glorifiées, et son pané­gyrique[221.2] est un des plus justement et universellement renommés : « Salut, Lettres chéries, douces et puissantes consolatrices ! Depuis que notre race a commencé à balbutier ce qu’elle sent et ce qu’elle pense, vous avez comblé le monde de vos bienfaits ; mais le plus grand de tous, c’est la paix que vous pouvez répandre dans nos âmes. Vous êtes comme ces sources limpides, cachées à deux pas du chemin

[I.245.221]
  1.  Causerie sur ma bibliothèque, Annales littéraires des bibliophiles contemporains, 1890, p. 21.  ↩
  2.  Péroraison d’une courte étude sur le poète Lucrèce, Essais de politique et de littérature, 2e série, p. 180. (Paris, Michel Lévy, 1863.)  ↩