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Le Livre, tome II, p. 303-319

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 303.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 303 [319]. Source : Internet Archive.

fâchée de perdre son temps à lire, » nous avoue Danielo[303.1], le secrétaire de Chateaubriand. Et, parlant de son patron, il dit encore : « Je ne crois pas même qu’il ait jamais eu une édition bien complète de ses œuvres. Quand il avait besoin d’un livre ou d’une recherche, j’étais là pour aller aux bibliothèques publiques. »

Tout comme Shakespeare, qui ne devait pas être grand liseur, puisque « son ignorance faisait pitié à Ben Johnson[303.2] », « Victor Hugo (1802-1885) lisait très peu, et c’est en fouillant dans son imagination, aidée de Sauval et de l’historien Pierre Matthieu, qu’il a édifié sa Notre-Dame[303.3] ». La bibliothèque de Victor Hugo était « très peu nombreuse (si tant est qu’il eût une bibliothèque) », dit encore Sainte-Beuve[303.4]. Jules Simon est plus précis et plus formel : « Victor Hugo n’avait pas un seul livre chez lui, écrit-il[303.5] ; j’en ai vingt-cinq mille chez moi. On peut se passer de livres quand on est Victor Hugo. Quand on n’est que moi, on n’en a jamais assez. »

De même pour Lamartine (1790-1869) : « Lamartine n’avait jamais eu de goût pour la lecture. « Je n’ai

[II.319.303]
  1.  Ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 198.  ↩
  2.  Gustave Planche, Portraits littéraires, t. II, p. 349. (Paris, Werdet, 1836.)  ↩
  3.  Sainte-Beuve, Nouvelle Correspondance, p. 280, lettre du 15 juin 1868.  ↩
  4.  Nouveaux Lundis, t. IV, p. 454, Appendice.  ↩
  5.  Ap. Georges Brunel, le Livre à travers les âges, p. 3.  ↩

Le Livre, tome II, p. 278-294

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 278.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 278 [294]. Source : Internet Archive.

tous les formats. Il en faisait des collections, suivant leur nationalité et les villes où il les trouvait, en sorte qu’avec des affiches, des notes manuscrites et des assemblages de toutes sortes et de toutes natures, il était arrivé à collectionner plus de cent volumes in-folio, qui se trouvent aujourd’hui au British Museum[278.1]. »

Cent volumes composés de feuillets arrachés dans les plus précieux ouvrages ! Ce n’est pas sans raison que William Blades, à qui j’emprunte ces détails, conclut que de tels enragés bibliomanes, « bien qu’ils s’arrogent eux-mêmes le nom de bibliophiles, doivent être classés parmi les pires ennemis des livres[278.2] ».

L’habitude de pratiquer des coupures dans les journaux a conduit certains écrivains ou publicistes à traiter de même les fascicules de leurs revues et les pages de leurs livres. De ce nombre on cite Lamartine[278.3], Émile de Girardin et Victor Fournel[278.4].

[II.294.278]
  1.  William Blades, les Livres et leurs ennemis, p. 112. (Trad. de l’anglais ; Paris. Claudin, 1883.)  ↩
  2.  Op. cit., p. 113.  ↩
  3.  « Lamartine, qui en arrachait les feuillets (de ses livres), lorsqu’il avait une citation à intercaler dans ses manuscrits. » (Lucien Descaves, le Sort des livres, dans le Livre à travers les âges, p. 27.)  ↩
  4.  Victor Fournel est l’auteur, sous le pseudonyme d’Edmond Guérard, d’un Dictionnaire encyclopédique d’anecdotes (Paris, Didot, 1872 ; 2 vol. in-12), et c’est sans doute pour la confection de ce recueil qu’il massacra ainsi nombre de volumes de sa bibliothèque.  ↩

Le Livre, tome II, p. 125-141

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 125.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 125 [141]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 126.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 126 [142]. Source : Internet Archive.

d’Auguste Comte (1798-1857)[125.1], où se trouve une liste de 150 volumes ou ouvrages destinés à composer la « Bibliothèque positiviste au xixe siècle » ; — les « Catalogues des bibliothèques de Napoléon Ier » (bibliothèques de voyage, de la Malmaison, des Tuileries, etc.), publiés par M. Gustave Mouravit, dans son étude sur « Napoléon biblio­phile »[125.2] ; — le « Catalogue de livres (au nombre de 43), choisis par la Société Fran­klin pour les bibliothèques popu­laires »[125.3] ; — et les plans de bibliothèques insérés

[II.141.125]
  1.  Pages 37-40. (Paris, sans nom d’éditeur. En vente, 10, rue Monsieur-le-Prince, 1890 ; 3e édit.)  ↩
  2.  Revue biblio-iconographique, mai 1903 à 1905. Voir notamment le numéro de décembre 1903, pp. 389-391, où se trouve une lettre relative au projet de l’empereur (projet qui ne fut jamais exécuté) de faire imprimer une bibliothèque d’un millier de volumes pour son usage particulier. « Les volumes — imprimés sans marges, pour ne pas perdre de place, — seraient de cinq à six cents pages, reliés à dos brisé et détaché, et avec la couverture la plus mince possible. Cette bibliothèque serait composée d’à peu près : 40 volumes de Religion ; 40 des Épiques (Homère, Lucain, le Tasse, Télémaque, la Henriade, etc.) ; 40 de Théâtre ; 60 de Poésie ; 100 de Romans ; 60 d’Histoire. Le surplus, pour arriver à 1 000, serait rempli par des Mémoires historiques de tous les temps. » Etc.  ↩
  3.  Dans le Magasin pittoresque, 1871, p. 139. Ce « Catalogue » est suivi de « Conseils aux fondateurs de bibliothèques populaires ». Sur ces bibliothèques et sur « une bibliothèque de pauvres gens », voir les considérations émises par Lamartine, dans la préface de Geneviève, histoire d’une servante, pp. 25 et s. (Paris, Librairie nouvelle, 1855) : « … Ainsi, de tout ce qui compose une bibliothèque complète pour un homme du monde ou pour une académie, à peine pourrait-on extraire cinq ou six volumes français à l’usage et à l’intelligence des familles illettrées, à la ville ou à la campagne… » (p. 30). « Il n’y a que les gens de loisir qui peuvent lire des livres en beaucoup de volumes…. » (p. 43). (Pour le peuple, il faut des ouvrages de peu d’étendue : nous voilà loin des romans-feuilletons !) Etc.  ↩

Le Livre, tome II, p. 041-057

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 041.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 041 [057]. Source : Internet Archive.

dans un galetas, où il se livrait en toute sécurité à ce plaisir délicieux.

« Dès l’âge de dix ans, il avait en germe cette passion de lecture qui devint plus tard si ardente. Tous ses biographes s’accordent à lui reconnaître ce précoce et secret penchant pour les livres. Il les aimait d’autant plus qu’il fallait les lire en cachette et qu’il avait bien de la peine à les découvrir. Dès qu’il put sortir seul, un de ses premiers actes d’indépendance fut d’en acquérir pour lui-même, en toute propriété. Un louis d’or de vingt-quatre livres, lentement amassées, était toute sa fortune d’enfant. Il l’échangea contre les œuvres complètes de Florian, et il faut lire dans les souvenirs de son jeune camarade, M. R. Colomb, le récit des sensations délicieuses que leur firent éprouver la lecture d’Estelle, Galatée, Gonzalve, Numa ! etc. »

Dans ses Confidences[041.1], Lamartine (1790-1869) parle en termes aussi émus qu’émouvants de ses premières lectures : « … Mon père tient un livre dans la main. Il lit à haute voix. J’entends encore d’ici le son mâle, plein, nerveux et cependant flexible de cette voix qui roule en larges et sonores périodes, quelquefois interrompues par les coups du vent contre les fenêtres. Ma mère, la tête un peu penchée, écoute en rêvant. Moi, le visage tourné vers mon père et le bras ap-

[II.057.041]
  1.  Livre III, iv, pp. 52-53 ; livre IV, vii, p. 73 ; livre VI, v, pp. 112-115. (Paris, Michel Lévy, 1855.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 021-037

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 021.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 021 [037]. Source : Internet Archive.

II. Premières lectures

On connaît la force, la vitalité, la persistante influence des impressions reçues durant l’enfance et au seuil de la jeunesse. Au point de vue qui nous occupe, au point de vue des livres et de la lecture, l’existence entière peut se ressentir de ces premières fréquentations intellectuelles et de ces premières manifestations du goût[021.1]. Aussi nous a-t-il paru intéressant de relever quelques-uns de ces témoignages.

[II.037.021]
  1.  Cf. t. I, p. 244, ce que dit Lamartine de la prédilection de Bossuet pour Horace : « … Peut-être aussi cette inexplicable prédilection pour le moins divin de tous les poètes tenait-elle à ce que la poésie avait apparu à Bossuet enfant pour la première fois dans les pages de ce poète. Cette ravissante apparition s’était prolongée et changée en reconnaissance dans son âme…. » (Lamartine, Lectures pour tous, Vie de Bossuet, pp. 420-421 ; Paris, Hachette, 1860.) Notons aussi, pour mémoire, un article fantaisiste de Jules Vallès, — influence exercée sur les jeunes esprits par Robinson Crusoé, les contes de fées, les histoires d’aventures, par Walter Scott, lord Byron, Alfred de Musset, Murger, Balzac, etc., — intitulé les Victimes du livre, dans le volume les Réfractaires, pp. 159-184. (Paris, Charpentier, 1881.)  ↩

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