Éléments versés au cahier des charges
Par Alex Gulphe le 17 oct. 2025, 10 h 34 - Phase I (2012) : le Petit manuel de l’amateur de livres - Lien permanent
Le cahier des charges éditorial
Pour satisfaire aux objectifs de mon programme, ma première démarche est de fournir un cadre éditorial au projet par la sélection d’un ouvrage, un support textuel, illustré ou non.
Les conditions que j’établis pour en fixer le choix sont :
- L’ouvrage appartient au domaine public.
➞ Le respect de la législation sur le droit d’auteur est une condition sine qua none à la publication de l’étude (en droit français, 70 ans après la mort de l’auteur, en l’absence d’ayants-droit).
La première édition a été établie au plus tard au xixe siècle afin de conserver la pertinence et la lisibilité littéraire du texte. - L’ouvrage a pour sujet la typographie, le livre, ou appartient à la catégorie « biographie » d’imprimeur, de libraire, etc.
➞ L’opportunité d’établir un lien entre différentes temporalités du livre : nos façons de l’appréhender ; nos pratiques de la lecture ; les modalités de sa fabrication ; permettre ainsi l’observation des continuités ou des ruptures entre l’objet imprimé et sa mutation numérique. - L’ouvrage n’a pas fait l’objet d’une publication dans un format numérique (à l’exception des facsimilés numérisés).
➞ Les programmes de médiatisation au format numérique de textes du domaine public, tels que le Projet Gutenberg1, Wikisource2, la Bibliothèque électronique de Lisieux3, etc., proposent une vaste collection de documents et d’ouvrages.
Il m’apparaît pertinent de contribuer au partage de communs culturels par l’apport de contenus inédits. - La composition typographique de l’ouvrage présente diversité et complexité formelle.
➞ Par la transposition des marches typographiques employées par les ateliers composant « au plomb » aux technologies du Web, l’occasion d’évaluer et de comparer les deux modèles de production.
Le choix de l’œuvre
À partir d’une bibliographie réalisée pour une précédente recherche documentaire, j’ai réuni divers auteurs et titres conciliables avec mes critères.
Tous sont disponibles sous forme de facsimilés numériques :
- Albert Cim (1845-1924)4 pour
Une bibliothèque (1902), l’encyclopédie Le Livre (1905-1908 ; 5 tomes), son « extrait », le Petit manuel de l’amateur de livres (1908 ; 1 volume) ; - Georges-Adrien Crapelet (1789-1842)5 pour
Études pratiques et littéraires sur la typographie (1837 ; 2 tomes) ; - Théotiste Lefèvre (1798-1887)6 pour
Guide pratique du compositeur d’imprimerie (1855) ; - Gabriel Peignot (1767-1849)7 pour
Manuel du bibliophile, ou Traité du choix des livres (1823 ; 2 tomes).
De cette liste, le Petit manuel de l’amateur de livres d’Albert Cim est celui qui répond le mieux à mes exigences de tri. Il s’ajoute à mon choix, trois points notables :
- sa pagination est raisonnable (254 pages) ;
- œuvre de vulgarisation à l’attention des bibliophiles, la forme écrite le rend accessible au-delà d’un public uniquement constitué de professionnels ou de spécialistes ;
- je partage avec Albert Cim une histoire singulière. Rééditer son œuvre m’offre l’occasion de rendre un hommage à une personnalité et à un lieu où s’est développé mon goût pour le livre et l’édition.
À propos de l’auteur
Le romancier et bibliographe Albert Cim est une figure familière de mon patrimoine culturel8, de ma bibliothèque. Bibliothécaire du sous-secrétariat d’État des Postes et des Télégraphes et homme de lettres lauréat de différents prix de l’Académie française9, j’ai grandi dans la maison qui l’a vu naître à Bar-le-Duc (Meuse), le 22 octobre 1845, sillonné le quartier de la Ville-Haute maintes fois évoqué dans ses chroniques, fréquenté le Lycée Raymond-Poincaré où il a étudié.
Auteur aujourd’hui quelque peu oublié du grand public, il subsiste de son œuvre, aux côtés d’une littérature pour la jeunesse et de romans désuets, une production d’études documentaires consacrées à l’Histoire du livre, à sa fabrication, à la gestion des bibliothèques. Cette proximité de lieu et de sujet, en fait à mes yeux, l’auteur privilégié pour mon projet. Il me reste à vérifier la disponibilité de sa production au domaine public pour confirmer mon choix.
L’appartenance au domaine public
Le travail documentaire que je réalise dès alors, — l’établissement d’une bibliographie de sa production littéraire10 ; une recherche d’informations à caractères biographiques —, confirme mon intention.
Albert Cim, décédé sans descendance le 8 mai 1924, à Paris, a légué à la Bibliothèque municipale de Bar-le-Duc11, aujourd’hui Médiathèque Jean-Jeukens, ses archives, ses manuscrits, sa bibliothèque personnelle (4 800 ouvrages) et l’ensemble de sa correspondance, la faisant de fait son ayant-droit. Le fonds transmis, dont une partie a été détruite lors des inondations de 202112, n’a connu aucune valorisation par son détenteur depuis. Par ailleurs, sans données testamentaires attestant cette information, il apparaît que son épouse, née Pauline Églantine Moreau en 1851, et décédée en 1938 à l’hospice de Bar-le-Duc, ait été écartée de la succession relative à l’œuvre.
Sur la cinquantaine de notices bibliographiques que j’ai instruites et rédigées, un unique ouvrage, l’album Amis d’enfance, publié en 1924 chez Hachette, porte la mention d’une restriction relative au droit d’auteur : les illustrations de Georges Dutriac (1866-1958) accompagnant les textes d’Albert Cim ne sont pas encore tombées dans le domaine public.
En dehors d’éditions facsimilés proposées en « impression à la demande » (Print On Demand (POD) en langue anglaise), sous la dénomination « Classic Reprint » ou « Hachette Livre {BnF », par les plateformes de vente en ligne, Amazon13, Fnac, etc., le Petit manuel de l’amateur de livres n’a fait l’objet que d’une réimpression en 192314 portant la mention « Nouvelle édition », et n’a connu qu’une seule réédition posthume, en 1927, par son éditeur Ernest Flammarion15, sans modification ou apport au texte de l’édition de 1908.
Appartenant au domaine public, indisponible en édition numérique, l’ouvrage présenté sous la forme d’une encyclopédie au format « Poche » (11 × 17 cm), illustré d’anecdotes, richement documenté, passe en revue l’ensemble des thèmes susceptibles de dresser un portrait historique et technique du livre et des usages qui lui sont associés, depuis les premiers manuscrits égyptiens, jusqu’aux procédés de fabrication mécaniques et photographiques ayant cours au début de xxe siècle.
L’édition de 1908, numérisée par la bibliothèque de l’Université de Toronto, disponible sur le site d’Internet Archive16 au format PDF, servira aux premières lectures et à la préparation de la copie. Cette version, de qualité médiocre, sera complétée par l’achat d’un exemplaire du volume imprimé en 190817.
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Initié par Michael Hart (1947-2011) en 1971, le projet Gutenberg est une bibliothèque de versions électroniques libres de livres physiquement existants. ↩︎
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Lancé sous le nom « Projet Sourceberg » en 2003, Wikisource est un projet multilingue de bibliothèque numérique, soutenu par la Wikimedia Foundation, libre d’accès, sans publicité, librement distribuable, édifiée par des bénévoles qui s’appuient sur la technologie wiki. ↩︎
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La bibliothèque électronique de Lisieux est un service en ligne publié à partir de 1996, un simple réservoir de textes littéraires et documentaires du domaine public francophone, alimenté à partir des collections anciennes conservées à la médiathèque André-Malraux de Lisieux. Bogros, Olivier, « La bibliothèque électronique de Lisieux », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2003. ↩︎
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Cf. BnF Data « Albert Cim (1845-1924) ». ↩︎
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Cf. BnF Data « Georges-Adrien Crapelet (1789-1842) ». ↩︎
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Cf. BnF Data « Théotiste Lefèvre (1798-1887) ». ↩︎
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Cf. BnF Data « Gabriel Peignot (1767-1849) ». ↩︎
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Gulphe, Alex, « L’invention d’Albert Cim. La rencontre avec Albert Cim », Le Livre, 2017-11-10. ↩︎
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Les prix de l’Académie française décernés à Albert Cim : en 1894, le prix Lambert pour le roman Mes amis et moi ; en 1897, le prix Montyon pour le roman Grand-mère et petit-fils ; en 1902, le prix Montyon pour l’étude documentaire Une bibliothèque ; enfin, en 1908, le prix Sobrier-Arnould pour l’encyclopédie en cinq volumes Le Livre. ↩︎
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Gulphe, Alex, Base bibliographique « Albert Cim » via Zotero. ↩︎
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Médiathèque de Bar-le-Duc – Meuse Grand Sud Jean-Jeukens, « Découvrir notre fonds ancien », rubrique « Fonds spécifiques ». ↩︎
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Mulin, Samuel, « Bar-le-Duc. La médiathèque Jean-Jeukens rouvre ses portes plus vite que prévu », L’Est Républicain, 30 juillet 2021. Note : les ouvrages détruits, répertoriés dans le catalogue en ligne de la médiathèque, portent la mention : « Exclu du prêt/non réservable. Perdu lors de l’inondation de 2021 ». ↩︎
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Petit manuel de l’amateur de livres, coll. « Classic Reprint Series », éd. Forgotten Books, s. d. ↩︎
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La notice bibliographique du « Petit Manuel… », BnF, Catalogue général. ↩︎
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Biblioteca Nacional de España (BNE) : l’édition de 1927 du Petit manuel…. ↩︎
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Internet Archive : le Petit manuel de l’amateur de livres, première édition (1908). ↩︎
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… à la « Librairie ancienne et autres trésors… » du bibliophile Pierre Brillard (1954-2018), à Tarascon. ↩︎