Le Livre, tome II, p. 339-355
Par Albert Cim le 22 oct. 1905, 15 h 55 - XIII. Du prêt des livres - Lien permanent
« Il est rare que le bouquin vagabond ne revienne pas légèrement détérioré, comme un écolier qui aurait fait des fredaines ; ce ne sont quelquefois que taches insignifiantes, que feuillets froissés ; mais aussi, plus souvent, le pauvre volume porte des stigmates indélébiles ; sa reliure est meurtrie, ses pages sont déchirées, et ses gardes n’ont su le défendre des plus vilaines atteintes….
« Souvenons-nous de cette anecdote gasconne de deux amis couchés dans la même chambre :
« Pierre, dors-tu ? dit l’un à son camarade.
— Pourquoi ? répond ce dernier.
— C’est que, si tu ne dormais pas, je t’emprunterais un louis.
— Alors… je dors. »
« Adoncques, dormons toujours ; soyons sourds à la voix attendrie et suppliante des emprunteurs ; gardons nos livres en avares, en égoïstes, si l’on veut, quelque pénible que le refus nous soit. Gardons précieusement nos livres, ne les prêtons pas ; c’est le plus sûr moyen de conserver la tranquillité intérieure, la paix de conscience, le bonheur sans nuage, l’ivresse paradisiaque de nos voluptés bouquinières. »
Elle remonte loin, du reste, cette méfiance et cette aversion qu’inspire tout emprunteur ou quémandeur de livres. Martial (43-104) nous en fournit la preuve, entre autres, dans une de ses épigrammes :
