Le Livre, tome II, p. 285-301
Par Albert Cim le 22 oct. 1905, 15 h 01 - XII. Biblioclastes et bibliophobes - Lien permanent
pas été la proie des épiciers du barbare moyen âge ?
« L’épicier du xixe siècle a déclaré une guerre à mort aux parchemins, sans doute en haine de la noblesse. L’âge d’or de l’épicerie date de la Révolution française, car la docte congrégation de Saint-Maur et la confrérie des épiciers ne pouvant subsister ensemble, l’une a tué l’autre.
Ah ! doit-on hériter de ceux qu’on assassine !
Le bénédictin faisait des livres, maintenant l’épicier en défait[285.1]. »
Les tailleurs et les cordonniers ont été aussi de terribles « équarrisseurs de livres ». L’abbé Lebeuf, l’historien du diocèse de Paris, nous conte que M. Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, sortant, après cinq ans de captivité, du donjon de Vincennes, où Richelieu l’avait fait enfermer pour cause de jansénisme, entra chez un tailleur et se fit prendre mesure d’un habit. Là, « il s’aperçut que le misérable artisan avait découpé les bandes sacrilèges, servant à prendre les mesures, dans les Œuvres de saint Augustin en grand papier, que le cardinal de Richelieu avait fait saisir dans la prison de son inflexible ennemi[285.2] ».
Un tailleur d’habits, de la même époque sans doute, « racontait qu’un archiviste, ou garde-titre
- P. L. Jacob, les Amateurs de vieux livres, p. 40. (Paris, Rouveyre, 1880.) ↩
- Ap. Édouard Rouveyre, Connaissances nécessaires à un bibliophile, 5e édit., t. VIII, p. 86. ↩
