Le Livre, tome II, p. 044-060
Par Albert Cim le 22 oct. 1905, 11 h 00 - II. Premières lectures - Lien permanent
ceux de Berquin, des morceaux de Fénelon et de Bernardin de Saint-Pierre, qui me ravissaient dès ce temps-là, la Jérusalem délivrée, Robinson, quelques tragédies de Voltaire, surtout Mérope, lue par mon père à la veillée : c’est là que je puisais, comme la plante dans le sol, les premiers sucs nourriciers de ma jeune intelligence….
« … Outre ces livres instructifs vers la lecture desquels mon père dirigeait sans affectation ma curiosité, j’en avais d’autres que je lisais seul. Je n’avais pas tardé à découvrir l’existence des cabinets de lecture à Mâcon où on louait des livres aux habitants des campagnes voisines. Ces livres, que j’allais chercher le dimanche, étaient devenus pour moi la source inépuisable de solitaires délectations. J’avais entendu les titres de ces ouvrages retentir au collège, dans les entretiens des jeunes gens plus avancés en âge et en instruction que moi. Je me faisais un véritable Éden imaginaire de ce monde des idées, des poèmes et des romans qui nous étaient interdits par la juste sévérité de nos études.
« Le moment où cet Éden me fut ouvert, où j’entrai pour la première fois dans une bibliothèque circulante, où je pus à mon gré étendre la main sur tous ces fruits mûrs, verts ou corrompus de l’arbre de science, me donna le vertige. Je me crus introduit dans le trésor de l’esprit humain….
« … Je dévorais toutes les poésies et tous les
