Synthèse et constats

Développé selon trois phases successives, — expérimentation ; modélisation ; application —, le projet « Albert Cim » pose la question de la place à accorder à l’héritage typographique dans les chaînes éditoriales numériques : — Quels modèles peuvent être retenus et appliqués à la production d’ouvrages conçus au moyen des technologies du Web ? — Quels procédés et quels moyens sont à envisager pour se conformer aux principes du traitement des textes selon ses règles ? — Quels apports et quels bénéfices sont à attendre de l’association de ce système régulateur aux actuels processus d’édition ? — Quelles contraintes et quelles difficultés sont à prévoir ? — Quelles solutions sont susceptibles d’en faciliter l’intégration ?

Prenant pour motivation initiale la parfaite ignorance dans laquelle est tenue cette « science⁠1 » de la composition des textes, fondamentale à l’émergence du livre moderne [imprimé], dans les schémas éditoriaux propres à l’édition numérique, l’étude que j’initie dès la fin de l’année 2011 et développe depuis, a pour objectif principal de -concilier deux modèles de chaînes de production, que les pratiques observées semblent devoir confronter, opposer.

Empruntant, pour l’essentiel, les matériels textuels nécessaires à l’expérimentation à l’auteur Albert Cim, dont l’œuvre est inscrite au domaine public, la démarche conçue, se compose d’une première phase, destinée à :

  • définir les prérequis et les propriétés typographiques et stylistiques applicables à la conception d’un livre-web : le Petit manuel de l’amateur de livres ;
  • contrôler la faisabilité de l’ouvrage ;
  • vérifier les résultats formels et techniques des traitements micro- et macrotypographique introduits ; leur conformité en regard des impératifs des deux chaînes éditoriales ;
  • établir un cahier des charges primitif à la modélisation d’un prototype : une plateforme d’édition et de publication en ligne, s’appuyant sur un logiciel Open Source de type système de gestion de contenu (SGC).

La seconde phase s’applique à intégrer au SGC les principes retenus, — que je considère être opérationnels —, avec pour objectif le développement et la mise au point d’un outil d’édition autorisant l’automatisation des tâches, proposant une assistance au processus de production éditoriale, permettant de réduire la somme des interventions précédemment réalisées manuellement.

Le système de publication logiciel mis en place, optimisé lors de la production expérimentale des deux premiers volumes de l’Encyclopédie du Livre, jugé exploitable, fiable, conforme avec les qualités stylistiques et typographiques attendues, est ensuite, intégré à part entière à la chaîne éditoriale, pour une troisième phase.

Affectée à l’examen des potentiels et des compétences du système de publication, cette dernière étape du projet, intégralement attachée à la production de documents d’édition, a pour objectifs majeurs, d’établir les méthodes de travail, d’analyser les processus de fabrication, de déterminer des schémas propres à la promotion de services commercialisables.

À chaque étape du projet, je réalise une analyse détaillée des résultats obtenus, indiquant si les objectifs sont atteints, ou, si nécessaire, quelles corrections et modifications sont à apporter, déterminant ainsi, le passage à la phase suivante.

Il m’apparaît, au terme de ce processus, pour le contexte établi et illustré, que les hypothèses formées, que les expériences conduites, toutes confirmées par la réalisation des objectifs fixés, sont valides et adaptables à différents environnements, qu’ils soient logiciels ou éditoriaux.

Principalement, il peut être noté :

  • la qualité ajoutée à la formation des textes par le maillage microtypographique ; le respect des règles de composition ;
  • l’amélioration de la lisibilité des contenus et du confort de lecture par l’application des formats macrotypographiques, empruntés à l’édition imprimée et adaptés à la publication numérique ;
  • l’apport sémantique ajouté à la présentation visuelle des textes par l’application d’un modèle culturellement éprouvé ;
  • l’automatisation des processus d’intégration des propriétés typographiques ; l’impact constaté sur les modalités de production et les délais de publication ;
  • la maîtrise des coûts logiciels par l’exploitation d’un outillage entièrement Open Source ; sa possible diffusion et distribution ;
  • les capacités d’adaptation et de conformation du système logiciel à des nécessités éditoriales spécifiques ;
  • la simplicité de mise en œuvre de la plateforme ; la facilité d’apprentissage des fonctions et des procédures d’édition et de publication ;
  • la cohérence et la justesse des délais de production, par équivalence avec ceux constatés par procédés de PAO.

Les opportunités et les développements du projet « Albert Cim »

À ce jour, j’ai investi quelque 300 heures à la recherche et au développement du projet « Albert Cim », auxquels s’ajoutent ± 1 200 heures pour la production d’une quinzaine d’ouvrages publiés et disponibles en ligne.

Imaginé initialement, pour n’être qu’un prototype servant à l’étude et à l’expérimentation, l’outil logiciel conçu, se révèle être aujourd’hui, une plateforme d’édition et de publication pleinement fonctionnelle, permettant la production de documents aux qualités typographiques comparables aux standards de la PAO pour le livre imprimé.

Les données statistiques de fréquentation enregistrées via Matomo, en hausse régulière depuis la mise en ligne des premières publications en novembre 2017, montrent pour la seule encyclopédie Le Livre, — les pages présentées au format « Chapitre » —, des scores de consultations de ± 70 vues mensuelles, pour un temps moyen par visite de ± 2 min. : un succès d’estime, en comparaison des chiffres collectés pour des projets commerciaux que j’administre, que je considère toutefois satisfaisant, si je tiens compte de la nature résolument spécialisée des contenus édités, et apprécie la notoriété quelque peu effacée de leur auteur.

Concernant le bénéfice commercial du projet pour les activités de L’atelier de Viginia Pearl, si les retombées indirectes, la publicité faite, ou la visibilité professionnelle qu’il engendre, s’avèrent difficilement mesurables pour une structure de type « Entreprise individuelle », il apparaît, dans les échanges commerciaux avec ma clientèle et les prospections commerciales que je mène, être à l’origine de différentes commandes de conseils et de services déjà réalisées, principalement des transferts de compétences à des pôles d’édition de petites et moyennes entreprises et des missions de formations à l’attention de leurs personnels.

Sur un plan individuel, ce support à la recherche, toujours présent au calendrier de mon atelier, demeure être un incubateur efficace, un adjoint précieux à l’exploration de concepts et d’idées nouvelles, utile à l’observation curieuse et inquiète que j’ai des devenirs du Livre et des métiers qui le font, des mutations de la chaîne de production éditoriale ; enfin, susceptible d’accompagner les apprentissages nécessaires à l’évolution de ma pratique, m’offrant la faculté et les moyens d’actualiser mes compétences et les savoirs assimilés, me permettant d’interroger et de renouveler mes usages et mes motivations, d’imaginer, d’inventer et de construire demain.


  1.  Tschichold, Jan (1902-​1974), Livre et typographie. Paris, éditions Allia, 2014, trad. Nicole de Casanova, 208 p. : p.  9. ↩︎

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